Ce que 25 ans dans l’industrie spatiale m’ont appris sur les transitions professionnelles
On parle beaucoup de compétences techniques pour justifier une embauche, une promotion ou une reconversion. Dans ma pratique de manager, j’ai appris le contraire. Et cette conviction est au cœur de la façon dont j’accompagne aujourd’hui.
Les soft skills ne sont pas un supplément d’âme
Dans l’industrie spatiale, on recrute des ingénieurs, des techniciens, des experts. Des gens dont on vérifie scrupuleusement les diplômes, les certifications, les années d’expérience sur tel ou tel outil. J’ai fait comme tout le monde, pendant un temps.
Puis j’ai commencé à observer quelque chose d’intéressant. Les collaborateurs qui réussissaient le mieux les transitions, ceux qui prenaient un nouveau poste et s’y épanouissaient, n’étaient pas forcément ceux qui cochaient toutes les cases techniques. C’était ceux qui avaient l’envie, la capacité à apprendre, la curiosité, et suffisamment de confiance en eux pour affronter l’inconfort du nouveau.
J’ai arrêté d’appeler ça des « soft skills ». Ce mot minimise ce dont il s’agit vraiment. Je préfère parler de « power skills » : les compétences qui permettent à tout le reste de fonctionner.
« Il est souvent plus simple de former quelqu’un à un nouveau poste quand ses power skills sont solides, que d’outiller techniquement quelqu’un qui n’a pas le bon mindset. »
J’ai recruté des profils atypiques. Je ne l’ai presque jamais regretté.
Au fil de ma carrière, j’ai eu l’occasion de recruter des collaborateurs venus d’univers très différents du mien. Des personnes dont le parcours ne correspondait pas exactement au profil type, mais qui avaient quelque chose que je ne savais pas encore bien nommer à l’époque : une façon d’aborder les problèmes, une posture face à l’incertitude, une capacité à s’engager.
Dans la grande majorité des cas, ces recrutements ont bien fonctionné. Pas parce que j’avais flairé un talent caché, mais parce que j’avais créé les conditions pour que ces personnes réussissent : de la confiance, un cadre clair, du sens, et le droit à l’erreur : tester, apprendre et recommencer en mieux.
Ce que j’avais compris, sans encore le formuler ainsi, c’est que la transition professionnelle n’est pas un problème de compétences manquantes. C’est d’abord une question de posture. Et la posture, ça s’accompagne.
L’employabilité ne se délègue pas
Il y a une autre conviction que ces années m’ont forgée, et que j’entends rarement dans les discours RH : l’employabilité est une responsabilité personnelle autant qu’organisationnelle.
Trop de personnes attendent de leur entreprise qu’elle gère leur développement professionnel à leur place. L’entreprise a un rôle, oui. Mais s’appuyer uniquement sur elle, c’est risqué. Les contextes changent, les organisations évoluent, les marchés se transforment. Ce qui protège, c’est la capacité à continuer à apprendre, avec ou sans le soutien de son employeur.
Je le disais à mes équipes : formez-vous, par le biais de l’entreprise quand c’est possible, par vous-mêmes quand ce n’est pas le cas. Cultivez votre curiosité. Ne laissez pas votre valeur professionnelle dépendre d’un seul contexte. C’est une façon de se respecter.
Et aujourd’hui ?
Quand j’accompagne des personnes en transition professionnelle, je retrouve systématiquement les mêmes ressorts que ceux que j’observais en tant que manager. Ce qui bloque n’est presque jamais un manque de compétences. C’est un manque de clarté sur ses forces, un manque de confiance dans sa capacité à se réinventer, ou un manque de sens dans la direction choisie.
Mon travail de coach, c’est d’aider à retrouver ces trois choses. Pas à la place de la personne, mais avec elle. En posant les bonnes questions, en nommant ce qui est là mais pas encore visible, et en aidant à construire une direction qui tient vraiment.
25 ans dans le spatial m’ont appris que les transitions réussies ne sont pas celles où tout était prévu. Ce sont celles où la personne avait suffisamment confiance en elle pour avancer dans l’incertitude, et suffisamment de soutien pour ne pas le faire seule.